Exposition NAG du 5 avril au 26 mai, 2018 à l’Hôtel de ville de Guyancourt

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NAG s’applique à travailler des matériaux qui ne vont pas ensemble et qu’elle juxtapose pourtant. Ça raconte quelque chose, ça crée un autre monde bizarre, à l’image de ses rêves. Ceux-ci se présentent à son esprit comme de petits moments discontinus, incohérents, de petits courts-métrages sans début ni fin, sans queue ni tête. Ces petits bouts d’histoires, ces éléments empruntés qui lui apparaissent sous une forme disruptive racontent d’une certaine manière sa propre histoire d’exilée, de déplacée, de malade en marge d’une certaine normalité, d’une vie quiète sans accident.

Elle s’installe dans le discontinu, dans une vie en suspension. Cette approche sensible l’oblige au partage, à une certaine forme de solidarité, de sympathie dans le véritable sens du « souffrir ensemble ». Ainsi, elle côtoie certaines personnes déplacées et déracinées avec qui elle partage des bribes, des morceaux d’existences brisées, des récits décousus, quelque chose qui se reconstitue à partir de pièces diverses, disparates à travers le temps et l’espace.

Elle s’efforce de retrouver le fil d’Ariane, d’établir un lien entre les évènements et essentiellement entre les êtres, les destins brisés, fragmentés. Il s’agit ici de comprendre comment on compose avec ce qui nous advient, comment on lâche prise quand la famille s’est disloquée, des proches sont morts, une bonne santé s’est brutalement dégradée.

Quelle est la notion d’acceptation, est-ce que ça vaut la peine, tout ce qu’on accumule sur le chemin ? Ici intervient la question du déchet accumulé, de ce qui reste de nos vies, une photographie décolorée, les épluchures d’un fruit, les pétales fanés d’une fleur flétrie, un médicament périmé, la cendre d’une cigarette éteinte…

Dans son travail d’artiste, les pièces se raccordent les unes avec les autres comme un puzzle impromptu. Elle joue également de l’ambiguïté, elle bouleverse à loisir les codes de représentation pour donner à voir autre chose, se situer sur un autre plan, décontenancer en manière d’exorcisme. Le décoratif voisine avec une certaine violence sourdement exprimée. C’est la traduction d’un vécu, d’une souffrance, ce n’est pas anecdotique.

Dans son existence, chaque geste, le moindre contact avec le monde est pesé, précautionneusement appréhendé à l’aune du corps. Malgré la fragilité, la difficulté, sa mise à l’écart d’un quotidien ordinaire, l’artiste s’attache obstinément à se faire le témoin, à traduire avec une scrupuleuse attention ce qui la parcourt, à l’écoute du monde dans ce qu’il y a de plus ténu.

Philippe Briard